Portée sur les fonds baptismaux en novembre 1987, la Cameroon National Association for Family Wealfare (CAMNAFAW) fait partie des quatre Centres d’Apprentissage de l’IPPF – Région Afrique. Aux côtés de la Planned Parenthood Association of Ghana (PPAG) et de la Reproductive Heath Uganda (RHU), elle expérimente l’idée des centres d’apprentissage du bureau IPPF Afrique visant le renforcement des capacités des autres associations membres et celles de bien d’autres organisations, et vise à servir de laboratoire à un modèle de collaboration sud-sud.
L’idée est novatrice. Tout comme les ressorts qui semblent mouvoir cette association depuis sa création. Dans ce pays d’Afrique centrale, en proie à la crise économique, comme partout ailleurs sur le continent, les solutions aux problèmes sociaux ne viennent pas nécessairement en tête dans les traitements prescrits. Parler dans ce contexte d’accès aux services de planification familiale, d’accès ou de droit au plaisir ou au désir pouvait, avec le recul, relever de l’utopie, ferment indispensable qui forge la vision et l’œuvre des pionniers. De sa lutte sans relâche pour les droits des personnes à la planification familiale à la mise en œuvre d’activités autour de l’offre de services en santé sexuelle et de la reproduction pour le groupe marginalisé et vulnérable des Lesbiennes, gays, Bisexuels transsexuels et Intersexuels (LGBTI) de Yaoundé, en passant par la création des centres jeunes en 1991, l’œuvre de la CAMNAFAW semble être gouvernée par la quête de l’innovation.
L’histoire de cette organisation reconnue par les autorités gouvernementales semble s’écrire, en effet, en termes d’initiatives successives osées qui font sa notoriété et sa crédibilité, au plan national, voire hors des limites du pays. En 1991, elle ouvre le premier Centre d information et d’éducation des jeunes en matière de santé sexuelle et reproductive du pays à Yaoundé, la capitale, suivi de celui de Douala, la deuxième ville trois années plus tard. C’est la première expérience du genre au Cameroun qui a fait tâche d’huile. Les Centres des Jeunes de la CAMNAFAW offrent des informations aux jeunes sur la sexualité responsable et vont au-delà des activités d’information-éducation-communication pour offrir des prestations cliniques au sein d’une structure de prise en charge directe.
Toujoursaux avant-postes
La CAMNAFAW se fait remarquer véritablement, au plan national, suite à la conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) de 1994, lorsque le Cameroun se réajuste par rapport aux conclusions de la CIPD, en procédant à un toilettage de ses textes. La CAMNAFAW qui a fait le saut du changement de paradigme de la planification familiale à la santé de la reproduction en Décembre 1999, à l’occasion des assises nationales organisées par les pouvoirs publics, se signale en faisant une communication remarquée sur la nécessité d’une forte implication des organisations non gouvernementales sur les questions de santé reproductive des jeunes.
On la retrouve, à nouveau, aux avant-postes, dans le processus initié par l’IPPF-Région Afrique et l’Union Africaine et qui a débouché sur l’adoption du Plan d’Action de Maputo. Elle est, en effet, la première association membre de l’IPPF-Région Afrique à abriter la série de consultations des organisations de la société civiles et des réunions des ministres de la santé qui a donné naissance à ce texte majeure adopté par les chefs d’Etat du continent en matière de santé de la reproduction. Elle ne manque pas d’affirmer son leadership à nouveau, au plan national, en renouant avec ses premières amours - la PF-, lorsqu’il s’est agi de repositionnement de la planification familiale au Cameroun. L’épineuse question de l’avortement, sujet quasi-taboue dans une société très christianisée, n’est pas en reste. La CAMNAFAW vient de conduire une étude nationale sur la question, et se sert de ses conclusions comme point d’appui pour la mise en œuvre d’un projet sur l’avortement.
La grande innovation, cependant reste l’audace de la mise en œuvre du projet MESDINE (Meeting SRH Diversity Needs), compte tenu de sa nature controversée dans le pays. Ce projet prend sa racine dans un contexte camerounais où le phénomène de l’homosexualité est portée au devant de la scène par les médias sur fond de controverses et de contestations sociales. CAMNAFAW décide, loin des prises de positions partisanes de conduire une étude sur le phénomène. Les conclusions sont sans appel : l’homosexualité est une réalité au Cameroun et la communauté des LGBTI fait face à d’énormes défis en matière de santé sexuelle et reproductive : déni de tout droit à la santé, homophobie, discriminations et stigmatisations de tout genre, etc., avec au final, une grande vulnérabilité pour cette catégorie de personnes qui comprend également des bisexuels et par conséquent, entraine un grand risque de propagation de la chaine de transmission des IST/VIH Sida.
Concertation, le maître-mot
Grâce à un financement obtenu du Fonds d’Innovation de l’IPPF, la CAMNAFAW a pu développer un projet, avec la participation des bénéficiaires, avec pour objectif de contribuer à l’amélioration de l’accès aux services de santé reproductives de la communauté des LGBTI de Yaoundé. Les stratégies identifiées pour mener à bien le déroulement du projet sont la mobilisation et la cooptation des membres de la communauté des bénéficiaires (LGBTI), le renforcement des capacités institutionnelles, l’amélioration de l’offre de service et le suivi-évaluation.
L’idée même d’élaborer et de mettre en œuvre un tel projet a été sujette à beaucoup de discussions, voire des oppositions. En direction des cadres du ministère de la santé, il a été organisé une réunion pour les convaincre de l’importance de tenir compte de tous les milieux et maillons de potentiels de transmission des IST/VIH pour mener à bien la lutte contre le VIH/Sida.
En direction de la communauté LGBTI, il a fallu également mener des actions de mise en confiance. «Dans un environnement hostile, où le moindre signe de rapprochement avec les nôtres peut être perçu comme un stratagème pour nous faire prendre par la police, on est jamais assez prudent» lâche un pair – conseiller du projet qui justifie la réticence du départ.
A la première réunion à la CAMNAFAW, il a fallu jouer d’astuces, histoire de s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un piège. «Personnellement, ce jour-là, je suis passé plusieurs fois devant le bâtiment qui m’avait été indiqué, en faisant particulièrement attention aux mouvements et à la présence de gens à l’intérieur, parce que je voulais m’assurer que la police n’y avait pas été planquée pour nous cueillir à froid ; je n’ai franchi le seuil que lorsque j’ai eu l’assurance qu’il n’en était rien», indique Ange Judicaël, devenu pair-conseiller par la suite.
De quatre groupes de bénéficiaires repartis dans différents quartiers de Yaoundé, l’on est passé à huit, puis à douze. Bernard Sing, commerçante et ancienne pair-éducateur de la CAMNAFAW a joué un rôle clé dans la mise en route et l’expansion de ce projet dans la ville de Yaoundé. C’est elle qui en effet, contactée par la CAMNAFAW s’est portée volontaire pour identifier les bénéficiaires qu’elle a regroupés au sein d’un premier groupe dont elle est la pair-conseillère. Trois ans après le lancement du projet – arrivé à échéance !- Bernard reste toujours disponible lorsqu’elle est sollicitée dans le cadre de MESDINE. «Ce projet m’a apporté une satisfaction morale, clame-t-elle ; j’y ai découvert d’autres personnes, et il a aidé à libérer beaucoup de gens qui, aujourd’hui assument leur orientation sexuelle, et sont capables ouvertement de dire : ‘je suis homosexuel, séropositif et suis sous ARV’. «Il nous a fallu, pour cela, faire un grand travail de sous-marin», confesse-t-elle.
Les pair-conseillers sont un dispositif essentiel dans la mise en œuvre du projet. Formés par la CAMNAFAW en matière de conseil, ils jouent littéralement le rôle de ‘coach’ des autres membres de leur groupe, et restent le relai entre ces derniers et la CAMNAFAW, la direction du projet. C’est à eux qu’il revient, par exemple, de s’approvisionner en produits SR et de les mettre à la disposition de leurs membres respectifs. Ils rendent compte également à la CAMNAFAW des difficultés qui surviennent dans la vie du projet, afin qu’elle y apporte les correctifs nécessaires.
La mise en œuvre n’a pas été sans défis, dans un contexte de grande hostilité consacré par les textes de loi du pays et les réprobations l’église catholique du Cameroun. En effet, la loi camerounaise punit de peines lourdes la pratique de l’homosexualité. En effet, la loi dans ce pays, prévoit un emprisonnement de 6 mois à 5 ans et d’une amende de 20. 000 à 200.000 francs cfa, toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe».
Il a été nécessaire d’avoir l’adhésion au projet du premier partenaire national de la CAMNAFAW qu’est le ministère de la santé. Emmanuel Ngappé, son directeur exécutif explique : «nous avons dû réunir les cadres du ministère de la santé pour nous entretenir avec eux de l’importance de tenir compte de la diversité sexuelle si l’on veut prendre en compte tous les foyers, et si l’on veut mener à bien la lutte contre le VIH et les maladies sexuellement transmissibles» .
Organisation d’un atelier de clarification des valeurs
Au sein de la CAMNAFAW même, il a été nécessaire d’organiser un atelier de clarification des valeurs de façon à s’assurer que le personnel dans son ensemble adhère à l’idée de la conduite d’un tel projet. Résultat, la mise en œuvre du projet n’a pas connu de grandes difficultés, et, souligne un membre du personnel : «à la méfiance du départ pour les homosexuels, a fait place une grande confiance entre nous».
Il n’en fallait pas plus pour que l’Association membre de l’IPPF au Cameroun soit stigmatisée, et taxée d’encourager et de promouvoir l’homosexualité dans le pays.
Il y a quelques mois, le ministre des Relations Extérieures sommait l’Union Européenne d’arrêter immédiatement l’appui financier qu’il avait accordé à l’ADEFHO, une association de défense des homosexuels que préside Me Alice Nkom, avocate au barreau de Yaoundé. A la suite du communiqué rendu public par le ministère des Relations Extérieures, des organisations de la société civile, des hommes politiques et des journalistes ont, sans détour, dénoncé «une entorse manifeste à la loi et une violation de la souveraineté nationale».
A ces critiques, le directeur exécutif de la CAMNAFAW répond : «nous ne sommes pas des militants de l’homosexualité. Nous offrons des services à tout le monde, et nous nous occupons de la santé de tous. On ne peut pas continuer d’ignorer la catégorie des homosexuels au Cameroun quand on sait que la séroprévalence est de 40% parmi ceux avec lesquels nous travaillons» et de conclure sur ce point : «la légalisation de l’homosexualité n’est pas notre préoccupation ; notre problème a trait à la santé pour tous».
A la direction de la CAMNAFAW ont reconnaît cependant, qu’en dépit de l’incompréhension voire de l’hostilité ouverte au projet MESDINE, il aura permis de mettre le doigt sur un problème, assuré à l’organisation une certaine visibilité, et ouvert la porte du gouvernement, contre toute attente. Ainsi, le Plan stratégique national de lutte contre la pandémie du Sida comporte un axe sur les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, et par extension touchera plus largement l’ensemble des, les lesbiennes, gays, bisexuelles , transsexuelles, intersexuels Pour la CAMNAFAW, la matérialisation de cette reconnaissance se traduit par le fait que l’Association membre de l’IPPF est aujourd’hui, l’un des deux bénéficiaires principaux du Fonds Mondial pour le sida, la tuberculose et le paludisme, au niveau du Cameroun.
Nous sommes sortis du bois pour assumer notre identité sexuelle
Au Cameroun, à cause des pesanteurs sociales, l’homosexualité est vécue comme un fardeau étouffant. Lorsqu’au détour d’un projet, les bénéficiaires acceptent de témoigner, les langues se délient, et la parole se débride : nue et révélatrice.
Comme beaucoup de jeunes de son âge, Ange Judicaël, a dû très tôt chercher un emploi pour subvenir aux besoins de sa famille, au sens large. C’est dans un restaurant de Yaoundé qu’il décroche son premier emploi, et grâce au modeste salaire qui lui est versé, il parvient à payer le loyer de la maison où il habite avec son père, un travailleur retraité, sa mère et son neveu.
Il a pu faire face à ses responsabilités pendant des années, jusqu’à un jour de 2008 où son patron lui verse, avant terme son salaire, et le renvoie. Motif : il venait de découvrir son homosexualité. Dès cet instant, sa vie bascule. Les railleries rivalisent avec les actions d’intimidation à son encontre. Ange Judicaël, complètement ostracisé dans la communauté et dans son quartier doit apprendre à vivre avec les regards hostiles à son passage, les gestes de stigmatisation non dissimulés, la violence verbale et physique.
«A cause de mon homosexualité, affirme-t-il, j’ai été poignardé et hospitalisé ; j’ai porté plainte, mais la police n’y a pas donné suite. Au Cameroun, lorsque l’on entend pédé, tout le monde sort pour vous agresser».
C’est dans ce contexte hostile, qu’il doit, à 27 ans, trouver les moyens de «faire bouillir la marmite». La pratique de l’homosexualité lui sert-elle de source de revenu ? «Non, s’empresse-t-il de corriger, et d’ajouter : mes dernières relations sexuelles remontent à 8 mois».
Il explique avoir découvert son homosexualité il y a une dizaine d’années, paradoxalement, à la suite d’un viol dont il a fait l’objet, qui, assure-t-il lui a permis de découvrir son orientation sexuelle. Il est l’un des premiers contacts par lequel est passée la CAMNAFAW pour pénétrer la communauté des LGBTI dans la ville de Yaoundé. Pair-conseiller, formé par la CAMNAFAW, il anime un groupe d’une quinzaine de personnes sur lesquels il exerce un charisme certain. Lors des réunions qu’il anime régulièrement, Ange Judicaël met un point d’honneur à amener son groupe à accepter de se protéger lors des rapports sexuels, leur enseigne les moyens de se protéger contre les IST/VIH , les précautions à prendre en cas de rapports sexuels à risques, etc.
Pour lui, le projet MESDINE a été salvateur : «depuis, la CAMNAFAW est devenue notre maison ; on y respecte ma sexualité et je peux y recevoir des soins comme tout le monde. Je me sens beaucoup plus citoyen aujourd’hui qu’auparavant parce qu’à l’hôpital publique les homosexuels ne sont pas les bienvenus». Très reconnaissant il ajoute : «Moi, comme mes camarades connaissons maintenant nos droits sexuels, grâce à MESDINE qui nous a redonnés confiance, et nous a aidés à nous organiser» et de conclure : «Ce projet, il faut qu’il se poursuivre parce que les pauvres et marginalisés que nous sommes dans la société camerounaise y ont trouvé des gens sensibles à nos difficultés, et aujourd’hui nous nous sentons chez nous lorsque nous sommes à la CAMNAFAW où nous pouvons nous soigner. Avant cela les membres de notre communauté mourraient comme des mouches, sans la moindre attention».
Cette compréhension, Ange Judicaël et ses camarades sont loin d’en bénéficier dans les autres couches de la société camerounaise, où l’hostilité à leur orientation sexuelle est très vive. C’est le cœur serré qu’il accepte de raconter cette séance d’humiliation mémorable où il a été présenté à une foule dans son quartier pour être conspué, «parce que dit-il, j’ai une autre orientation sexuelle». C’est le cas également, lorsqu’il explique comment a été célébrée une messe devant le domicile où il habite avec ses parents, «pour, dit-il, m’exorciser parce que je serais un possédé, et infesterais le quartier où les enfants ne seraient plus en sécurité». «Pour les musulmans, dit-il, je dois être brûlé, parce que je suis le démon, et ne doit pas vivre, par conséquent».
Grâce à la CAMNAFAW et à MESDINE, poursuit-il « je suis à même aujourd’hui d’assumer mon orientation sexuelle, parce que je suis sorti du bois pour assumer mon identité, et plus rien ne pourra m’enlever cela».
C’est, finalement, dans le cercle restreint de la famille qu’il trouve le réconfort car indique-t-il, «mon père et ma mère m’acceptent comme je suis ; je les respecte et ils me le rendent». A cause du respect qu’il s’est astreint à avoir vis-à-vis de ses parents, Ange Judicaël, affirme ne jamais découcher et s’est imposé de ne jamais se montrer avec un autre homme devant ses parents. Comme pour montrer comment il est un être humain comme les autres, il déclame : «j’ai des responsabilités comme tout adulte, avec des dépenses mensuelles d’environs 150.000 francs cfa par mois (USD300) dont un loyer de 35.000 francs cfa (USD70). Si quelque chose m’arrive aujourd’hui, mon père, ma mère et mes neveux vont souffrir».
A la différence de Ange Judicaël, Kevin est moins disert. De nature réservée, il parle non sans retenue de sa vie dans le projet MESDINE. Etudiant en histoire à l’Université de Yaoundé, il confesse ne rien connaître de la santé de la reproduction avant de venir à MESDINE. C’est par l’intermédiaire d’amis qu’il a connu ce projet dont les thématiques des droits sexuels et des droits à la santé l’ont intéressé. Pour lui, MESDINE est un lieu de formation, d’éducation et de communication. «Avant MESDINE, j’étais en conflit avec moi-même, raconte celui qui explique qu’au départ, il voulait être prêtre. C’est dans la chorale où il chantait qu’il découvre ses premiers penchants homosexuels. «Il y avait un garçon particulièrement pour lequel j’avais une attirance charnelle lorsqu’il se mettait à danser au cours de nos séances de répétition. A la longue, tout cela s’est mué en sentiment d’amour, mais je m’interdisais de l’exprimer parce que ce serait mal vu ; je devais faire violence sur moi».
Dans ces conditions, Kevin devait porter seul sa croix, dans un silence qu’il qualifie de destructeur. De ce point de vue, MESDINE, lui servira de révélateur. Il explique : «Je suis timide et coincé de nature, mais en participant aux activités de MESDINE, j’ai appris à m’extérioriser, à parler de mes peines et de mes difficultés. J’ai appris à m’accepter, à m’assumer et à assumer mes choix» et ajoute : «avant MESDINE, j’avais honte, j’étais coupable d’être différent» et de conclure : «Si on arrêtait le projet, beaucoup de personnes ne se retrouveraient pas ; on tuerait, à nouveau, la parole dans la communauté de LGBTI au Cameroun».
Accompagnement des Homosexuels vivant avec le VIH
Le Dr. Michèle Bomia, responsable de la clinique de la CAMNAFAW met en œuvre une expérience digne d’intérêt, dans le déroulement du projet MESDINE : le principe du ticket d’orientation. Il vise à favoriser l’accès des homosexuels séropositifs aux soins prodigués par l’hôpital de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS).
La discrétion en est le maître-mot pour assurer une confidentialité totale aux bénéficiaires. Il s’agit de cartons distribués à tous les pairs-conseillers qui, à l’occasion de leurs réunions de groupes dans les quartiers, les mettent à la disposition de ceux des membres qui souhaitent se rendre en consultation à la clinique de la CAMNAFAW.
Le ticket, qui comporte un code affecté à chaque pair-conseiller, est signé par celui-ci, et contresigné par la CAMNAFAW. Selon la couleur, le prestataire sait de quoi il est question ; en effet, le ticket rose est une consultation pour dépistage du VIH, et la couleur verte du ticket indique que son détenteur requiert d’autres services de santé de la reproduction.
Le ticket est gardé par le prestataire qui lui attribue un code-client. Le principe de la gratuité est appliqué aux détenteurs du ticket, pour ce qui concerne les consultations tandis que les examens de laboratoires sont pris en charge à 50% par le projet.
En cas de test positif au dépistage, l’intéressé est confié à un agent de relais communautaire (ARC) qui lui fait office de tuteur. Celui-ci est une personne formée pour la prise en charge des personnes vivant avec le VIH (PVVIH), et par conséquent, lui assure l’accompagnement et le suivi psychosocial. Un deuxième test de confirmation est demandé au Centre Pasteur. S’il est confirmé positif la procédure de référence à l’hôpital de la CNPS est enclenchée. A la suite d’un bilan thérapeutique, si la personne concernée est éligible au traitement, il est mis sous anti-rétro viraux.
Le traitement est remis mensuellement et l’intéressé peut choisir de le faire remettre à son agent de relais communautaire qui le lui fera parvenir en toute discrétion. La CAMNAFAW quant à elle, assure le suivi communautaire, une à deux fois par mois, par ses agents qui se rendent sur le terrain.
Michèle Bomia qui coordonne cette opération souligne une contrainte de taille : «nous relevons un grand taux de déperdition. Nombre d’entre eux disparaissent dans la nature lorsqu’ils découvrent qu’ils sont séropositifs «avant de mentionner : «40% des personnes sont positives après les tests et nous avons noté chez les gays qu’aucune protection n’est prise lors des rapports sexuels».
Dans ces conditions, c’est tout le grand travail abattu dans le cadre de MESDINE qui est sous menace.